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Encore de l’eau au moulin
PAR
ELSA CLARO, de Granma international
L’ADMINISTRATION nord-américaine navigue sur une
mer de critiques, mais tout semble indiquer que
cela lui est indifférent. Ainsi apprend-on que le
vice-président Richard Cheney, avec sa femme Lynne,
aurait gagné près de 9 millions de dollars en 2005
en sa qualité d’actionnaire de la firme
Hallyburton, dont plusieurs filiales ont été
invitées par le président Bush à participer à la «reconstruction»
de l’Irak.
Avec un si
joli compte en banque, un Cheney tout sourire ne
s’est pas gêné pour affirmer devant les caméras de
la télévision que le gouvernement est mieux à même
que la presse d’évaluer la réalité irakienne, la
presse se laissant facilement impressionner par
les effets certes saisissants d’une voiture piégée.
Effets à répétition, a-t-il oublié de signaler.
Parallèlement,
et malgré la défense véhémente qu’a faite George
W. Bush en personne de Donald Rumsfeld, plusieurs
ex-officiers persistent à demander la démission ou
la déposition du chef du Pentagone, pour avoir mal
conduit la guerre dans le pays arabe. Pour comble,
on vient de dénoncer son implication directe dans
les tortures infligées aux prisonniers de
Guantánamo. Méthodes qu’il avait du reste
qualifiées de «normales» dès qu’elles avaient été
découvertes. Une «normalité» qui mériterait de
figurer dans les livres de records.
Une autre
personnalité étroitement liée au monde pétrolier,
à l’exemple de Bush, est sa secrétaire d’Etat,
Mlle Condolezza Rice, qui semble par ailleurs
avoir échoué dans sa tentative de mettre en place
en Irak occupé un gouvernement ont elle pourrait
tirer quelques bénéfices tout en détruisant le
pays et pillant son patrimoine.
La secrétaire
d’Etat et son homologue britannique Jack Straw ont
effectué une visite éclair à Bagdad pour tenter de
convaincre Chiites, Sunnites et Kurdes de former
un gouvernement de coalition. Après des élections
législatives douteuses menées sous occupation
étrangère, il y a quatre mois, le processus
continue en effet de stagner.
Voilà bien
une affaire qui n’augure rien de bon. Le
gouvernement en place depuis janvier 2005 repose
sur une alliance kurde-chiite particulièrement
tumultueuse. Les Sunnites n’ont guère de sympathie
pour le premier ministre en poste, Ibrahim Al
Yaafari, du parti Dawa, qui pour sa part a
énergiquement refusé de démissionner jusqu’à ce
que les pressions l’obligent, tout récemment, à
retirer sa candidature.
La principale
force parlementaire (Alliance Unité irakienne, 128
sièges sur 175, 17 groupes politico-confessionnels)
était sur le point de trouver une alternative,
mais les noms proposés se heurtaient à
l’opposition des partis ralliés au candidat pro-nord-américain,
Iyad Alaui.
La
controverse se déroule au milieu d’énormes
tensions, accrues dès la fin février par la
destruction de la mosquée dorée de Samarra qui
ravivait des conflits religieux. Il est à craindre
que cet acte n’avait d’autre objectif que,
précisément, celui-ci, mais aussi de montrer au
grand jour les anomalies de l’occupation étrangère
et le manque total de confiance dans des hommes
politiques qui placent leurs propres intérêts au
dessus de ceux du pays.
En clair,
l’attitude assumée par les candidats au
gouvernement irakien ressemble fort à celle de
leurs promoteurs de Washington, qui ne cherchent à
défendre que leurs propres intérêts. La cupidité
des uns et le sectarisme des autres font obstacle
à une vision constructive de caractère national et
tendent à détériorer un panorama déjà trop
complexe.
A
l’incertitude et aux pénuries qui affectent le
plus grand nombre d’Irakiens, s’ajoutent les
conflits entre ceux qui se battent pour acquérir
ou conserver le contrôle d’importantes enclaves
comme Mossoul ou le bassin de Kirkouk, dont les
réserves d’hydrocarbures sont déterminantes pour
l’avenir économique de l’Irak. Ceci, à supposer
que les Etats-Unis ne fassent pas main basse sur
tous les puits, comme ils se le proposent,
indépendamment des affrontements actuels et de
l’éventualité du fractionnement de la nation, qui
deviendrait alors incontrôlable. Mais toute
médaille a son revers et une telle évolution
pourrait bien être fatale aux très bonnes affaires
que l’on fait ou projette de faire dans la région.
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