Prisonniers politiques de l'Empire  MIAMI 5    

 
  

TEXTE seulement     

C U L T U R E L L E S

La Havane. 9 Septembre 2005

 

Lecuona, le plus reconnu des
 musiciens cubains


PAR RAFAEL LAM, spécialement pour Granma international

ERNESTO Lecuona est le plus largement reconnu des musiciens cubains. Des chansons comme Siboney, Malagueña, Damisela encantadora, Siempre en mi corazón, Arrrullo de palma ont été entendues dans le monde entier. Cuba a fêté cette année le 110ème anniversaire de sa naissance, le 6 août 1895, à Guanabacoa.

De véritables spécialistes tels que María Antonieta Enríquez, Hilario González, Pedro Simón, Orlando Martínez et Carmela de León ont écrit sur Lecuona et ont relevé la manière souvent erronée dont l’oeuvre du compositeur a été perçue par des musicologues imbus de tradition européenne.

On parle de musique "semi-classique" ou de "classique-populaire", mais un peu comme s’il en coûtait de juxtaposer ces deux derniers mots. José Ardévol n’y va pas par quatre chemins. «Non, il n’a pas sa place dans le monde de la musique classique».

Laissons Lecuona répondre à ceux qui lui tournaient ainsi le dos: «Vous savez, quand j’analyse ce qu’on dit de ma musique, je suis presque convaincu, je tombe d’accord avec mes critiques. Mais ce qui est bizarre, c’est que des millions de personnes ne sont pas d’accord avec nous

Le compositeur de Guanabacoa écrivit la musique qu’il portait en lui, avec ces danses afro-cubaines, à une époque où l’art noir était tabou. «Oui, j’ai été le premier à transcrire sur la portée musicale le tambour de la conga des Noirs esclaves pour le jouer au clavier. Dès 1911 les critiques ont plu, ce qui ne m‘a pas empêché de composer des pièces comme La comparsa, Danza negra, Danza Lucumí; on estimait alors qu’il fallait cultiver la musique ultra-classique, et les chanteurs ne pouvaient chanter autre chose que Puccini ou Donizetti

Alejo Carpentier, qui prit toujours la défense des valeurs populaires, rappelait que les classiques européens composaient un peu de tout «et ne croyaient pas tomber bas lorsqu’ils produisaient de la musique agréable ou légère. Ils cherchaient seulement à composer le mieux possible. Pour gagner de l’argent, ils s’aventuraient aussi bien sur le terrain du tragique que sur celui de l’opéra bouffe».

Lecuona ne ressemble à personne, mais s’il faut le comparer les noms qui viennent à l’esprit sont ceux de véritables colosses: George Gershwin, Ari Barroso, Oscar Strauss, Ruperto Chapí.

En tant qu’interprète il avait des dons exceptionnels: une technique hors pair et une puissante force d’expression. «Lecuona est une des figures légendaires de l’histoire de notre musique, écrit Hilario González. On a parlé d’un mécanisme merveilleux en particulier pour les octaves à deux mains, de son jeu de pédales impeccable, de la gamme intense et infinie de ses sonorités et d’un rythme intérieur incroyable. Sa virtuosité était proverbiale, il avait un style très personnel, une expressivité élégante, une musicalité absolue et l’effet sur l’auditoire était sans pareil. S’il avait voulu se consacrer à l’interprétation et s’il avait vécu dans un milieu plus propice à ce choix, il figurerait aujourd’hui, sans le moindre doute, parmi les plus grands pianistes du XXè siècle. Ce qui constitue une vérité incontestable, c’est qu’il est et restera le plus notoire des compositeurs de notre musique

Sa grande étape de concertiste se situe de 1915 à 1932. Il avait inscrit à son répertoire les pièces les plus représentatives de la musique nationale et internationale. Le témoignage de son génie est resté gravé sur des disques. Il a mérité les éloges de Paderewski et de Rubinstein, qui aurait dit après l’avoir écouté: «je ne sais qui admirer davantage: le pianiste génial ou le sublime compositeur

Leo Brouwer, héritier de Lecuona, a écrit: «Le grand maître Cortot avait dit de lui à Paris: ‘il n’y avait rien à enseigner à Ernesto’. Peu après ils se retire mystérieusement et c’est alors qu’apparaissent les thèmes inoubliables que nous avons tous fredonnés. Lecuona vivait caché dans la campagne quand il n’était pas en tournée. «Je ne veux pas être le plus grand pianiste du monde mais le plus connu des compositeurs cubains», avait-il affirmé un jour. Et Ernesto atteint ses objectifs.

Selon son biographe Orlando Martínez, il avait une personnalité particulière. Doué d'un incroyable magnétisme, il était séduisant et avait un regard très expressif. Parfois arrogant, ironique, il ne tombait jamais dans la pédanterie et se montrait très respectueux des formes. Il s’habillait simplement mais avec élégance, marchait lentement, fumait beaucoup, ne prenait jamais d’alcool. Réservé, il se dégageait de lui un mystère qui attirait l’attention. Il avait un faible pour les objets d’art chinois et il a accumulé dans une pièce de nombreux objets rapportés de ses voyages à l’étranger. Il rangeait les papiers de valeur dans un secrétaire laqué.

Sympathique, fin, affectueux, il n’a jamais mené une vie sociale très active. Vivant seul, il détestait la foule et lui préférait largement les réunions intimes, pendant lesquelles il était capable de composer tout en bavardant. On ne le voyait ni à des cérémonies publiques ni même à des concerts. Sensible aux éloges, il imposait le respect et éprouvait de la satisfaction à toucher la sensibilité populaire. Imperméable aux critiques adverses, il se faisait une idée très juste de ses possibilités et savait jusqu’où il pouvait aller.

Lecuona est tenu pour le plus largement diffusé des compositeurs cubains. Gabriel García Márquez l’a dit: «quand on conquiert le monde, ce n’est pas un hasard». Sa musique a retenti au Bolchoï de Moscou, au Palais de Pékin et aux alentours de la Grande Muraille, dans le film Amarcord (par Nino Rota), chez les Rois d’Espagne, au Hollywood Bowl, en Amazonie et dans les aéroports du monde.

Il a goûté à tous les styles: opéra, opérette, revue musicale, zarzuela, valse, son, tango congo, suites, chansons de rues, préludes, poèmes symphoniques, habaneras, lamentos, danses espagnoles, danses afro-cubaines, couplets, congas, concertos instrumentaux, oeuvres destinées aux enfants. «J’ai toujours créé ma musique à partir d’une conception abstraite pour suggérer des formes ou évoquer les caractéristiques des coutumes populaires d’une nation

Quelques-uns critiquent les textes de ses chansons. Le poète auquel il a le plus souvent fait appel est Gustavo Sanchez Galarraga, surtout pendant sa première époque. Le thème constant de ces chansons est, selon la coutume universelle, l’amour. Galarraga mourut à l’âge de 41 ans. Il trouvait parfois des idées géniales mais recherchait souvent le succès facile, ce qui ne l’empêchait pas de maîtriser les règles de la métrique.

L’héritage de Lecuona fait partie des fondations de la musique cubaine. Il reste un des plus grands compositeurs d’Amérique et appartient à la même race qu’Alejo Carpentier, Leo Brouwer ou Fernando Ortiz: des fondateurs, des formateurs, des promoteurs, des créateurs¼ inoubliables.

                             IMPRIMER CET ARTICLE


Directeur général: Frank Aguero Gomez / Directeur éditorial: Gabriel Molina Franchossi
HÔTE: Teledatos-ICCC. Internet Cubaweb Communications Corporations. http://www.cubaweb.cu/
SUR CUBAWEB: http://www.granma.cu/

Egalement a: http://granmai.cubaweb.com/
http://www.granmai.cubasi.cu/

E-mail | Index | Español | English | Português | Deutsch | Italiano | MAGAZINE
TEXTE seulement /
Souscription pour l’édition imprimée de Granma International
© Copyright. 1996-2005.
GRANMA INTERNATIONAL. Tous droits réservés. / Edition numérique. Cuba.

Retour en haut de la page