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Chucho Valdés: un nouveau concept
PAR
RAFAEL LAM, spécialement pour Granma
international
CHUCHO Valdés transforme en
or tout ce qu’il touche; le voilà pour la cinquième
fois lauréat du Grammy Latino, accumulant en outre
quinze nominations. Il est bon de rappeler que
Quivican est la localité d’Amérique latine qui
détient le record des prix Grammy.
Pour
Cuba étaient proposés Chucho Valdés et Los Van Van,
mais aucun d’entre eux n’a reçu le visa d’entrée aux
États-Unis pour la remise des récompenses.
Chucho a obtenu son prix
dans la catégorie du Meilleur album de jazz latino
pour son disque New Conceptions, qui comprend
sept morceaux aux titres très cubains, conçus pour
satisfaire à la fois le goût populaire et celui des
auditeurs les plus exigeants. Il s’est entouré pour
l’occasion de son quartette de jazz et de quelques
invités, dont le flûtiste cubain Joaquin Oliveros,
héritier des vieux charangueros.
Il était beaucoup question
du disque dans les milieux de la musique, de la
critique et des spécialistes. Ces derniers,
notamment Dan McClanaghan, ont relevé dans cette
nouvelle oeuvre de Chucho la synthèse entre essence
cubaine et latin jazz qui a toujours marqué sa
musique depuis ses débuts avec Irakere. Pour Chucho,
ce triomphe a une saveur différente : c’est un peu
comme un l’arrivée d’un nouvel enfant au foyer.
Cette année est précisément
celle du 35e anniversaire de la création
de l’oeuvre de son premier Grammy, Misa negra
(primée en 1979, il y a 25 ans), son grand classique.
«Nous avons triomphé au meilleur moment de la
salsa latino, face à Ruben Blades et à son disque
Siembra. Ce fut une révolution du jazz afrocubain
(avec tambours), qui a ouvert la voie a Irakere au
Festival de jazz de Pologne, en 1970.»
Je me souviens comme si
c’était hier de l’irruption de Chucho et de son
quintette de jazz au Festival de la chanson
populaire de Varadero 70 ; leur prestation leur
valut les éloges de musiciens de l’autorité de Dave
Brubeck, pour qui Chucho et son groupe innovaient
dans le monde du latin jazz.
Les cinq musiciens
débordaient de joie en ces jours de définitions
musicales, alors que le pop électronique des Beatles
déferlait sur le monde.
Peu après, Chucho
apparaissait déjà parmi les cinq meilleurs pianistes
de jazz au niveau mondial, avant Chick Corea.
Commençait pour Irakere une saga qui dure encore. La
musique cubaine pouvait franchir les frontières du
blocus musical imposé par l’industrie du disque
capitaliste. La nouvelle musique de Cuba marquerait
(avec celle de Los Van Van) le prélude du boom de la
salsa cubaine, la grande révolution de la fin du XXe
siècle.
L’oeuvre de Chucho atteint
déjà ne cinquantaine de disques. Il y aura bientôt
60 ans que le petit Jesus Dionisio Valdés
interprétait pour la première fois, tel un nouveau
Mozart, La vaca lechera devant son village de
Quivican. Depuis lors il n’a cessé de jouer un seul
jour. Un exercice imposé au début, dans une certaine
mesure, par ses parents, et qui prit par la suite un
caractère d’expérience religieuse. Comme s’il avait
vu le jour devant un piano, dans un foyer imprégné
de musique qui a donné tant de gloire à Cuba. |