Prisonniers politiques de l'Empire  MIAMI 5    

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 N O U V E L L E S

La Havane. 10 Mars  2004

L'EX-SÉNATEUR CANADIEN JACQUES HÉBERT :
Le blocus est «d'une incroyable indécence!»
• L'ex-sénateur canadien Jacques Hébert, célèbre dans son pays comme champion des causes justes, s'est trouvé à La Havane un «coin de tranquilité» où il se réfugie pour écrire • «La personnalité de Fidel Castro, son courage, l'histoire extraordinaire que constitue sa vie était quelque chose qui impressionnait Trudeau...»

PAR JEAN-GUY ALLARD, spécialement pour Granma international

«COMMENT le pays le plus puissant du monde peut-il s'acharner à écraser un petit pays de 11 millions d'habitants? C'est d'une incroyable indécence!», répond Jacques Hébert lorsqu'on lui demande ce qu'il dirait à un groupe de dirigeants nord-américains de bonne foi qui s'interrogerait sur la question de Cuba.

Et il continue: «Comment peut-on maintenir un tel blocus durant plus de 40 ans? On pourrait peut-être concevoir qu'un président plus à droite qu'un autre maintienne un blocus pour un an en se cherchant des votes en Floride ou autre chose, mais persister durant plus de 40 ans, avec des lois comme la Helms-Burton et toutes ces saloperies pour écraser un petit pays, ça dépasse les bornes».

Dans le petit appartement qu'il loue dans le quartier havanais du Nuevo Vedado, où il a trouvé son «coin de tranquilité» pour se consacrer à écrire (il est l'auteur d'innombrables bouquins), le sénateur canadien 'à la retraite' ne laisse pas ses 80 ans freiner la passion qui l'a toujours inspiré quand, en d'innombrables occasions, il a défendu des causes justes.

Il en a été ainsi toute sa vie et c'est ainsi que les Canadiens le connaissent de Halifax à Vancouver.

IL PARTAGE AVEC TRUDEAU LA PASSION DU VOYAGE

Il a parcouru le monde depuis 1946, au lendemain de la guerre.

En 1947, il rencontre le futur Premier ministre canadien Pierre Trudeau. Entre les deux jeunes intellectuels se crée une profonde amitié, précisément pour leur passion commune du voyage.

«Les gens ne partaient pas beaucoup du Canada à l'époque et, dans cette période-là, j'avais fait un voyage de 14 mois en Amérique latine, par la route, et puis j'avais écrit des articles dans La Patrie, un hebdomadaire qui avait un tirage énorme à l'époque».

Il dirige un hebdomadaire populaire, «un journal de combat» auquel Pierre Trudeau collabore fréquemment.

En 1960, il se joint à Trudeau dans un voyage audacieux à la République populaire de Chine alors virtuellement victime d'un blocus du monde industrialisé.

«Ceux qui avaient organisé le voyage étaient des sympathisants de la Chine qui cherchaient à intéresser des personnes un peu connues, avec beaucoup de difficultés. Tout le monde refusait parce que voyager en Chine à ce moment-là équivalait à se brûler. J'avais un journal, Trudeau enseignait à l'Université. Il avait voyagé en URSS et, brièvement, en Chine une première fois, et j'avais voyagé en Pologne, de telle sorte que nous n'avions plus rien à perdre».

Au retour, ils publient ce qui sera un best-seller de l'époque: Deux innocents en Chine rouge.

Le périple et son récit scandalisent la bourgeoisie d'extrême-droite qui domine alors la province francophone du Québec où il est né et où il a toujours vécu. Tous deux sont dénoncés comme «communistes» jusque par les jésuites de la très influente revue Relations.

Mais rien, jamais, n'empêchera Hébert de défendre les causes justes.

En 1963, il publie J'accuse les assassins de Coffin, prenant la défense d'un humble citoyen de la péninsule de la Gaspésie, accusé sans preuves de l'assassinat de deux chasseurs nord-américains et pendu. Le livre est si dur envers l'appareil judiciaire que son auteur est inculpé et condamné à la prison par la magistrature.

LA GRANDE AVENTURE DE 'JEUNESSE CANADA-MONDE'

Quand Trudeau se joint au monde politique fédéral, avec le gouvernement du Premier ministre Lester B. Pearson, il le fait avec deux de ses amis, le journaliste Gérard Pelletier et le syndicaliste Jean Marchand. Hébert s'abstient: «J'avais mon journal et cinq enfants en bas âge!».

Il dirige successivement et avec un grand succès populaire deux maisons d'édition, une activité qui le conduit à la présidence de l'Association canadienne des éditeurs.

En avril 1983, il est nommé au Sénat du Canada, un poste alors à vie. Mais le Jacques Hébert rebelle ne perd pas pour autant son ardeur.

Qaund un gouvernement conservateur décide d'éliminer du budget fédéral le programme Katimavik destiné à la jeunesse, il mène, aux portes mêmes du très austère sénat, une grève de la faim de 21 jours!

Le gouvernement maintiendra sa décision mais, le plus important, Hébert sauvera le programme qu'il a lui-même conçu, encouragé et développé, Juventud Canada-Mundo (JCM).

Un projet qui permet, aujourd'hui plus que jamais, de faire découvrir le monde à plus de 1 000 jeunes, tant du Canada que de 25 autres pays.

«JE REVIENDRAI TOUJOURS À LA HAVANE»

Quand meurt Pierre Trudeau à la fin de l’année 2000, Jacques Hébert se trouvera parmi les porteurs du cercueil du plus célèbre Premier ministre canadien du siècle dernier. Avec Fidel Castro, Jimmy Carter et l'Aga Khan.

«Il est certain que la personnalité de Fidel Castro, son courage, l'histoire extraordinaire que constitue sa vie, est le genre de choses qui impressionnait Trudeau... qui n'était pas facile à impressionner parce qu'il était lui-même impressionnant comme personnage. Mais Fidel l'a toujours touché et ça s'est vu quand il est venu et ça a aussi paru lorsqu'il est revenu».

Hébert, qui a été proposé au Prix Nobel de la Paix en 2002, ne se laisse pas impressionner par les campagnes de presse qui sont menées à l'extérieur par les ennemis de la Révolution cubaine.

Il y a des choses à Cuba que j'aime moins que d'autres, c'est évident. Mais il y a plus de choses que j'aime que de choses que je n'aime pas. Et c'est pour ça que je suis ici.»

«On oublie que les Cubains se sentent menacés. On le serait à moins quand on écoute ce que disent Bush et toute l'extrême droite nord-américaine. C'est d'une agressivité totale».

«Si j'étais cubain, je me sentirais menacé. Alors, s'ils se sentent menacés, ils ont le droit de se protéger, de faire des choses qu'ils ne feraient sans doute pas en dehors de ce contexte».

Et cet amour de La Havane, jusqu'à quand durera-t-il?

«Je reviendrai toujours à La Havane. Toujours!», conclut Hébert, visiblement heureux dans son refuge havanais. •

Le sénateur et sa comtesse

DANS le quartier havanais du Nuevo Vedado, Jacques Hébert trouve un «refuge» où il peut écrire «huit heures par jour, à peine distrait par le chant des merles moqueurs et le parfum des lys».

Il a terminé là ses deux derniers livres et rédige en ce moment la surprenante histoire d'une comtesse havanaise (il l'appelle familièrement «ma comtesse») dont il a découvert l'existence par hasard dans l'antique cloître du Couvent de Santa Clara, dans la Vieille Havane.

«Née en 1790, l'année de la Révolution française», la comtesse de Merlin, née María de la Merced Santa Cruz y Montalvo avait été confiée aux religieuses du couvent par ses parents, des aristocrates qui partaient pour Madrid, préférant les plaisirs de la cour espagnole à leur vie quelque peu ennuyeuse bien que privilégiée de la colonie antillaise. Elle avait alors 10 ans.

Elle vit dans l'amère austérité du cloître que dirige sa tante jusqu'à ce que, après un an et demi, elle arrive à s'échapper par la petite ouverture par laquelle les soeurs reçoivent la communion.

L'enfant se réfugie alors dans la maison de sa grand-mère qui l'adore.

Le père, découvrant la situation au cours d'une visite dans l'île, amène la petite Maria de la Merced à Madrid où la mère est dame d'honneur de la reine à la cour de Charles IV, se partageant entre plusieurs amants avec la complaisance d'un mari qui se satisfait de l'obtention de certains honneurs.

Quand le frère de Napoléon, Joseph, reçoit la couronne espagnole, la jeune femme se trouve parmi cette partie de la noblesse qui accepte l'arrivée du gouvernant français «non par trahison mais bien parce qu'elle considère qu'il représente un progrès, une façon de sortir des Bourbons, dictateurs absolus, dans une Espagne où il y avait 90% d'analphabètes».

Mais avec l'effondrement de l'empire napoléonien, María de la Merced doit fuir en France «à dos d'âne». Elle se marie alors avec un général que Napoléon a fait comte, Merlin, «une sorte d'arriviste qui ne l'aime pas et qui abuse d'elle».

À Paris, elle entretient un salon littéraire où elle reçoit les plus célèbres intellectuels de l'époque. Sand, Musset, La Fayette, Rossini, Balzac et même le jeune Victor Hugo fréquentent ce lieu.

«La comtesse était d'une incroyable beauté et, de plus, elle chantait de manière admirable. Rossini jouait au piano tandis qu'elle chantait ses oeuvres».

María de la Merced terminera ses jours en 1852 et sera inhumée au célèbre cimetière parisien du Père-Lachaise.

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